12 octobre 2007
Crépuscule baptistaire
Dans le bois, l'air s'est raréfié comme aspiré par la folie du crépuscule. Elles s'aveuglent dans la communion de leurs âmes et oublient... oublient le temps qui avance... oublient leurs peurs. Elles sont belles mes soeurs, tellement animales, enivrées de l'ambroisie de Tantale. Tellement transparentes, sans crainte apparente... et sans défense à cette instance...
Je les protégerai... contre
elles-mêmes, contre eux... si vilainement humains... de lui,
mon jumeau, si cruellement divin.
Je scrute l'air. Mon sang ne fait qu'un
tour. Il est déjà là. D'instinct, je le sens.
Il est là, dissimulé au
milieu de ces fleurs... rares, éblouissantes et monstrueuses,
étranges croisements, fleurs de nos expériences
d'enfants, quand lui et moi nous cachions du regard des aînés
enfreignant leurs commandements... des fleurs hideuses de nos
blessures, des pétales de sabres au parfum de nos névroses,
des angoisses envoûtantes.
Mes soeurs...
Elles dansent, ondulantes, serpentes...
si belles... obsédantes...
Des couleurs flamboyantes passent dans
les prunelles de leurs yeux.
Des jets de lumières noires
jaillissent de toutes parts, ténébreux savoir de
Lumine.
Mon coeur bat à grands coups
mais elles, ne se doutent de rien... elles paraissent si
insouciantes... dans leurs danses lascives...
Ne pas gâcher la fête...
Sardanapale à côté
de moi, si brûlante... dans une étreinte,
irrésistiblement, je la saisis et les rejoins dans leur
sarabande.
09 octobre 2007
Thériaque eutectique
Je
me tiens dissimulé derrière une colonne que l’on dirait confite de
serpents tant leurs nœuds débordent jusque dans l’allée. Dénombrer les
reptiles si intimement sculptés est impossible. J’ai pourtant essayé.
Longuement.
J'entends une respiration heurtée quelques pas devant moi, qui cela peut-il bien être?
Enfant,
je considérais ce passage (interdit) vers la salle de cérémonie comme
infranchissable. Je passais mon temps à hauteur des deux premières
colonnes, n’osant m’avancer. Moins à cause de l’interdiction de notre
mère que pour le message que je pressentais, intuitivement, mais tout
de même ancré dans mon être : le temps n’était pas venu car il
s’agissait de mon rite d’accès à l’âge adulte,
rien de moins; la prise du pouvoir qui m’était dû, à défaut d’être
promis. Je ne pouvais pas hypothéquer mon entrée que j’espérais
fracassante par de timides incursions. Un jour, je m’y avancerais d’un
trait, droit et fier, sans un regard vers ces gueules de bronze
immondes aux yeux verts et pénétrants, comme animés de rage froide, qui
paralysaient la chose chétive que j’étais encore. Oui, un jour, je le
savais…
Vers
onze ou douze ans, ma curiosité s’est trouvée plus insistante, car je
n’avais plus peur. Mon initiation avait commencé (et j’avais volé
quelques livres de la bibliothèque sous clé de mon professeur,
combattant mot après mot la nausée que les sorts de protection les
scellant m’infligeaient), j’avais commencé à m’aventurer plus loin,
m’obligeant à effleurer de doigts pourtant tremblants (le froid était
intense dans le passage, surtout quand je sentais sur mon visage le
brasier situé de l’autre côté -mais qu’imaginez-vous donc ?- ) chaque
corps incrusté avant de progresser plus avant. Je les avais comptés,
patiemment, un à un, j’avais suivi le corps visqueux de crasse de
chacun jusqu’à la queue, surmontant la palette de répulsions qu’ils
m’inspiraient, mémorisant chaque position afin de ne jamais recompter
le même, les apprivoisant des quelques mots durement appris au cours de
mes lectures. Nuit après nuit.
Le jour de mon intronisation je n’avais parcouru que quelques misérables mètres du layon.
Infâme
journée, au matin de laquelle j’avais dû m’enfuir, moi ! Alors que je
sentais déjà le pouvoir crépiter tel un orage de lave au creux de mes
mains !
Cette
flétrissure, je reviens pour la conjurer dans les yeux de tous ceux qui
me l’ont faite subir. Pas pour la laver, il est bien trop tard, pour
moi d'abord, certes, mais pour eux, aussi, surtout, déjà.
Tout à l’heure, je ferai mon entrée, et elles verront… qui je suis vraiment.
Elles verront, toutes !
08 octobre 2007
Le baptème d'Euthéria
Je vois ma soeur Euthéria s’approcher de l’autel.
Le
cuivre automnal de sa peau se marie aux ors embrasés, disposés
semble-t-il de façon anarchique (à l’œil du
profane) autour la pierre aux sacrifices. Un instant Eutheria et la
pierre se mêlent, étranges et formelles, si fortement
femelles, Saéna & Oannesia unies dans leurs incantations…
leur puissance abattue comme un poing de glace en ces lieux de
flamme... les regards de Lumine, Thiotémis et Sardanapale
incandescents enfièvrent l'atmosphère. Je préfère me tenir à distance et les voir entrer dans leur transe.
Les
trésors de leur âme goûtent la joie de savoir que
leur feu ne sera jamais égalé. Leurs
bras bougent lentement, ils se meuvent comme des serpents, se lèvent,
entourant sa tête d’une couronne des dieux…
La
couronne des dieux.
Sur la tête d'Euthéria...
Sa
nuque est baignée de cette sueur athermane, provoquant de
longs frissons dans son dos juste luisant des ténèbres
invoquées, des terreurs des suppliciés, absurde
interface de tant de pouvoir essaimé.
Près de l'autel, mes soeurs entament une clameur bestiale. Je crois qu’elles rient. Je crois qu’elles sont folles…
Ma
respiration devient difficile, s’arrête, reprend en sifflant
: elle ne savent pas encore...
J'ai
froid. Sous mon masque, tant de silences. Il faudra leur dire.
Mais je préfère encore l'attendre. Lui aussi doit savoir.
07 octobre 2007
Une histoire de famille
- Vous les entendez?
Non... quoi?
Mes soeurs?
Vos soeurs? Non, je n'entends rien.
C'est bien ce que je vous reproche. Moi, je les sens. Elles arrivent. Où qu'elles soient, je les sens. Elles sont plus que moi même. Mes ombres et mes lumières.
Nous sommes sorties du même
ventre mais c'est bien plus que le sang qui nous lie. Elles sont ce
que je suis et je suis ce qu'elles sont. Je connais leurs pensées
les plus noires, le force de leur esprit, les devoirs qu'elles se
sont imposées, les droits qu'elles s'autorisent, les limites
qu'elles franchissent et les mensonges qui les aveuglent. Je sais leurs ignorances et leurs répugnances.
Elles sont vives, précises et
imprécises, rapides dans l'exécution de leur assurance,
floues dans leur besoin de reconnaissance, à la fois souples
et inflexibles, une démarche faite de rigueur et de laxisme,
permissives et impitoyables, téméraires à
l'heure du crime, timorées à l'heure de vérité.
Elles portent en elles ma nature et mes vices. Elles sont ma volonté et mes faiblesses. Elles me ressemblent plus que je ne pourrais jamais me ressembler. Elles sont mes différences.
Elles sont mon être et mon néant.
Elles sont mes soeurs.
29 septembre 2007
Obscure alchimie
Ariaga... des mots promis depuis des mois...
Sur la pierre de mon éternité, autel de mes sacrifiés, les superstitions se réveillent dans le brouillard de mes aubes automnales. Dans les flammes de l'imaginaire et du réel brûlent déjà les puissances telluriques rassemblées dans l'athanor des éléments contraires... des tropismes et des obsessions.
Ô Magie...
délicatesse et harmonie...
Les formules se brisent
fragiles au moindre frisson de raison dans la porosité de
l'âme. L'eurythmie, éphémère, coule,
idoine, à la source des idoles, nymphe et néréide,
une fontaine de jouvencelle d'où émergent des pensées
volatiles.
Commence alors un rituel
lent et silencieux. Une à une, les essences, se mélangent...
gouttes de rosée
de Lune gorgées de Soleil, mystères de la nuit,
lumières baignées d'ombres, violence des ténèbres,
instinct de la bête, lucidité de la folie.... tant
d'autres...
Obscure Alchimie...
Une prière comme
un mensonge pour sanctifier l'instant de cette cérémonie
baptismale... moment d'espoir et de fatalité.
Au coeur de sa
contemplation, fébrile, elle s'éveille et donne
naissance à sa légende.
E.U.T.H.E.R.I.A.C.A.E.D.I.S.
28 septembre 2007
Fille d'Eve
Sorcière, fille d'Eve et de
Satan... dans mes yeux la morale des grenouilles de bénitiers
a l'odeur putride de l'immonde. L'animal est chair, le corps est
chair et la chair n'est pas faible. Elle est forte.
Rien d'impur dans la chair... seule la
décence crée l'hérésie.
Malédiction... j'ensorcelle et
j'enflamme... je vous consume dans les maléfices des secrets
de ma nature... envoûtante... malfaisante.
Au Diable, je vous invite... sur
l'autel de ma connaissance, sur le tombeau des continences maladives.
Vous vous damnerez devant la croix de ma nudité, dans le feu
de mes excès
Je suis hérétique et ma chair dévorante brûle sur le bûcher de vos pudeurs... Il n'y aura de noires que les réticences...
26 septembre 2007
Censure
Censure... sang sur... les mots
Des mots sans visage sont venus faire de l'ordre dans ma vie, juges sur une place publique devant un tribunal d'adeptes de la peine capitale. Le verdict est sans appel... censure... du sang sur l'émotion, du sang sur l'opinion, du sang sur la transparence, du sang sur la nudité, du sang... sur l'indécence... Ha! L'indécence des mots... criminelle... scandaleuse... outrageante indécence... censure!
Mes mots se sont cachés, barricadés... révoltés... le combat du silence... censure. Ils s'entassent à l'intérieur, se bousculent et se blessent... saignent encore. Captifs, les mots finissent par se suicider sur les parois des interdictions. Des mots sont morts, étranglés, bâillonnés, étouffés et jetés dans le flot des pensées qui inondent.
Mais les morts remontent toujours à la surface, et le sang sur les mots assassinés ne sèche pas... il continue de couler dans ma tête qui frappe, dans mon coeur qui palpite... le sang sur mes mots ruisselle le long de mes artères et s'échappe entre mes doigts...
Ô mes doigts... semeurs de troubles émotionnels et passions sensuelles... Ô mes doigts, semeurs de mots indécents... comme on plante des fleurs sur des tombes... comme on cultive les morts dans les cimetières...
"Mes mots meurent à l'instant où je les écris" disait-il...
Je n'avais pas compris. Pensée pour toi, l'ami...
23 septembre 2007
Petite soeur...
A n n a,
petite
soeur jumelle, tes lignes sont comme les miennes. Ce que que tu as
écrit, je l'ai ressenti, ce que tu as souffert, je l'ai crié.
J'ai aimé ceux que tu as aimés. J'ai pleuré
aussi les mêmes départs, les mêmes abandons, les
mêmes morts.
Tu as été la vie de mes ombres, la vérité si abstraite de mes pensées obscures. Tu m'as ouverte aussi à d'autres fragilités, soulevant nausées et réveillant des fantômes enfouis.
Tu m'as divisée aussi parfois, me confondant dans mes incertitudes et mes craintes.
Ce soir je regarde ton visage dans le reflet de la vitre. Ce regard si proche du mien... quelques heures seulement séparent ta mort de ma naissance.
A
n n a,
J'ai
vécu en toi et aujourd'hui, c'est toi qui vis en moi
A n n a
D y o m e n e
Un an
d'écriture
Plus de
200 entrées
3000
emails et commentaires échangés
21 septembre 2007
Sous la bannière

A l'aube du jour les rêves renaissent
Espoir de mots sans limites qui de perdent au fond du corps.
Le serpent et l'oiseau toujours en moi
29 avril 2007
Amour à Mort
Silence.
S'éteint le coeur. Il cesse de battre et vous laisse seule
avec la Mort qui soudain vous envahit le corps.
Froids.
Le corps aimé et le vôtre soudain envahi par la Mort qui
vous pénètre sans vous emmener.
Sanglots
qui vous haussent le corps de dégoût et
d'incompréhension. Vous avez mal. Vous avez mal. Tellement
Mal. Tout cet amour en vous que la Mort viole.
Vous
n'en crèverez pas... non...elle vous laissera dégoulinante
de sang et de douleur. Vous n'en parlerez pas. Essayant de cacher les
frissons qui vous parcourent le corps. En parler, c'est souffrir...
Vous tairez les souffrances mais chaque silence ne fera qu'entretenir
le mal. Vous voudrez lui échapper. Vous évader.
Partir... loin... quitter les morts en devenir... habituer ceux qui
vous aiment à votre départ sans retour mais les
cadavres sont toujours dans vos valises trop lourdes.
Vous
les posez. Vous les ouvrez.
Alors
vous pleurez, les histoires qui vous ont habités, les instants
de complicité, les caresses partagées, tout cet amour
suinte par les pores de la peau quand le froid de la Mort vous saisit
à vif.
Vous
avez enterré un corps, mais pas le vôtre. Vous avez
enterré un amour mais vous aimez encore un fantôme. Vous
avez enterré un amour et la Mort reste en vous.
Aucun
vivant ne peut remplacer un mort. Il prend une autre place, c'est
tout.
Vous
êtes seule... seule avec votre amour et cette mort dans le
ventre. Vous vous barricadez... blindez le coeur et offrez le corps
dans l'espoir si maigre de réchauffer le coeur. Vous vous
mutilez. Vous vous faites mal pour oublier que vous avez mal.
La Mort sadique, revient, revient encore et encore, acharnée, vous enlever un autre être de chair. A chacun de ses passages, elle vous fauche un peu plus de chaleur vous laissant un peu plus meurtrie... refroidie... un peu plus morte...
Ne
plus nier la Mort. Ne plus refuser la vie. Je dois vivre avec elles.
Je
veux mourir en Vie.













